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Marie Darrieussecq

Communiqué(s)

Médiathèque de Biarritz

Marie Darrieussecq sera en conversation avec Maialen Sanchez le samedi 26 octobre à 15 à la Médiathèque de Biarritz.

Centre Pompidou

Lundi 5 octobre à 20h, à la Bibliothèque publique d'information du Centre Pompidou, à Beaubourg, à Paris, lecture d'extraits de "la Mer à l'envers" par Marie Darrieussecq

Manosque

Samedi 28 septembre au formidable festival de Manosque, « LA MER À L’ENVERS » DE MARIE DARRIEUSSECQ, Rencontre animée par Michel Abescat, à 15h, Place de l’Hôtel-de-Ville.

Ce soir

Dialogue au théâtre du Rond-Point Paris lundi 23 septembre avec Marie Darrieussecq et Nathalie Crom, 19h30

librairies et théâtres

Vendredi prochain, le 20 septembre, à 19h, Marie Darrieussecq sera à la librairie le Divan.
203 Rue de la Convention, 75015 Paris
Lundi prochain 23 septembre à 19h30, elle sera au Théâtre du Rond Point, à Paris toujours, en conversation avec Nathalie Crom.
Mercredi prochain, le 25, elle sera à la Grande Librairie à la télé.
Jeudi 26 à partir de 18h30 elle sera aux Cahiers de Colette, librairie rue Rambuteau à Paris.

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notes à mesure

Au fil des jours… notes à mesure

Les abeilles du temps de Colette
"Un murmure de messe, de foule en prière, d'émeute en son début, s'exhalait de la maison. Quand il se taisait, on pouvait entendre les graves répons donnés du haut de l'air par les dernières abeilles au travail sur les cimes des tilleuls et sur les lierres."
Le bourdonnement des abeilles un soir d'été dans 'La Seconde', merveilleux roman de Colette (1929)
jeu 17/10/2019 - 09:26
extrait d'une première version au "je"
"Dans la nuit quelque chose m’a réveillée. Les enfants dormaient. Je ne dormais pas très bien, moi, je pensais au divorce d’avec mon mari. Il y avait un tap tap, un effort différent des moteurs. Le bateau semblait creuser un trou dans la mer, s’enfoncer à force de taper, interrogatif, comme cherchant un passage. Depuis la couchette, les mouvements de l’énorme masse étaient difficiles à identifier. Autant essayer de sentir la rotation de la Terre quand on est allongée dans l’herbe".
(Extrait d'une première version de la Mer à l'envers au "je".)
ven 27/09/2019 - 08:53
La mer à l'envers, premier jet
Reste ici. Reste ici et maintenant. Elle se donnait des ordres sur le ton des hommes d’équipage. Elle redescendait de l’hyper-espace jusque sur le pont. La Française était penchée sur le bastingage et criait des trucs. Une chaloupe approchait. « L’enfant ! l’enfant ! il bambino ! » La chaloupe fluo était pleine de gens et en effet on distinguait une forme plus petite, un tout petit qui se cramponnait au bord. L’énorme paroi du paquebot rendit une vibration sourde, la chaloupe touchait, les hommes d’équipage accrochaient les chaînes exactement comme sur les chantiers à Paris elle avait vu les grutiers se préparer aux lourdes charges. Tout se raidit. Une chaîne monta plus vite que l’autre et il y eut des cris, la chaloupe pencha et se rétablit à plat d’un coup sec, manquant jeter les gens à l’eau. Puis lentement la chaloupe fit un ovale s’agrandissant dans le champ de vision de Rose, longeant les flancs, les hublots des cafétérias, des cabines, la chaloupe pleine de têtes, de crânes ronds ou de capuches triangulaires, de bonnets, de scalps trempés, ils arrivaient.
(d'un premier jet de la Mer à l'envers, un peu différent, 2017)
jeu 26/09/2019 - 07:04
phrase coupée d'une première version de la Mer à l'envers
"Toute cette semaine-là elle eut envie de réécouter Bowie. Son fils ne connaissait pas. We could be heroes, for just one day. Elle écoutait avec Christian. Bien plus tard elle avait appris par Solange que tout le lycée les regardait comme un phénomène, une apparition à deux têtes, l’amour tel qu’il doit être. Aux premiers temps elle avait quand même fait l’amour avec d’autres. Pour voir. Pour comparer. Raphaël et son acné. Arnaud qui couchait avec Solange. Et plus tard évidemment quelques étudiants de psycho. Mais elle revenait vers lui. Ils savaient tous les deux (c’était toujours elle qui rompait) qu’elle reviendrait. Que la seule chose sérieuse, c’était eux. Le plafond blanc tournait. Elle tombait dans le plafond. L’adulte qu’elle était devait faire confiance, pour les souvenirs, à l’adolescente qu’elle avait été. "

Phrase coupée d'une première version de "La Mer à l'envers"
mer 11/09/2019 - 07:27
Sentsov
Oleg Sentsov est libre !
sam 07/09/2019 - 11:45
phrase coupée d'une première version de la Mer à l'envers
"Solange, la moitié de ses phrases, elle ne les pense pas. C’est le problème avec Solange, elle dit une phrase et on entend la rotation du monde continuer de siffler sans le moindre infléchissement : les phrases de Solange n’ont aucun impact parce qu’elle ne les pense pas. Ses phrases ripent. Le monde, avec Solange, peut aller à sa perte. Alors Rose proteste :
- Qu’est-ce qui était simple ? On croyait connaître le monde parce qu’il était borné par les collines. On croyait tenir la géographie dans nos mains, la mer ici et la montagne là et sur le ciel par dessus les toits. Ça ne m’intéresse pas."
(phrase coupée d'une première version de la Mer à l'envers)
mar 03/09/2019 - 06:52
phrase coupée
" Est-ce le retour au pays natal, la puissance que donnent ces racines qui repoussent sous les pieds, appelons ça des rhizomes, une bouturation de soi-même, un retour à des forces pas forcément archaïques, simplement plus anciennes, un passé ni enfantin ni ancestral, ce monde tout proche mais parallèle qui s’ouvre quand on remet les pieds dans le pays d’avant, qui ne sera jamais le même et qui est le même pourtant? "
(phrase coupée d'une première version de La Mer à l'envers)
lun 26/08/2019 - 12:27
scorie de la Mer à l'envers
Est-ce que les morts seraient au point si on pensait intensément à eux, en se rappelant chaque trait de leur visage, l’inflexion précise de leur voix, leurs mots exacts ? Peut-être les moines qui prient toute la journée en Himalaya, c’est là leur travail : recenser trait pour trait la montagne de morts, se souvenir pour tous.

(phrase coupée d'une première version de la Mer à l'envers)
mer 14/08/2019 - 07:01
concurrence
Matin de vacances à écouter France Culture sur mes tartines, avec mon café éthique bio récolté à la main par de petits paysans "à l'abri des fortes variations des cours mondiaux"... C'est une rediffusion de l'excellente Fabrique de l'histoire, émission d'Emmanuel Laurentin. J'apprends qu'il y eut un moment, à Florence, où Raphael, Michel Ange et Léonard de Vinci étaient présents au même moment. Léonard peinait à trouver des commandes...
lun 12/08/2019 - 08:30
anti-dépresseurs
Depuis que son mari prend des anti-dépresseurs, telle amie de mon entourage se sent beaucoup mieux.
jeu 08/08/2019 - 05:04
Abolition des privilèges
Hier 4 août salué à un rond-point quatre femmes gilets jaunes qui célébraient l'abolition des privilèges, pancartes à la main.
lun 05/08/2019 - 06:55
clown
Franky Zapata a décollé ce matin de Sangatte sur son engin volant et a réussi à traverser la Manche. Il avait échoué lors de sa première tentative car le ravitaillement en kérozène de son flyboard extrêmement goulu s’était mal passé. Un moyen de transport d’avenir, respectueux de la planète...
Sangatte, ville toute proche de Calais, fut longtemps synonyme du camp de réfugiés que la Croix Rouge y abritait. Lors de sa première traversée il y a cent dix ans Blériot avait déclaré : « l’Angleterre n’est plus une île ». En 2019 ça dépend toujours pour qui. Ces 34 kilomètres à traverser, ces 34 km de mer pour rejoindre l’Angleterre, sont la mer à boire, pour ne pas dire la mer à l’envers, pour ceux qui ont déjà affronté le Sahara et la Méditerranée. Franky Zapata, qui a ses papiers, déclare ce matin sur France Info : « ça passe pas, ça passe pas, et puis quand ça passe, c’est magique ».
Il porte bien son nom de clown.
dim 04/08/2019 - 07:26
Greta Thunberg
Greta Thunberg, magnifique jeune fille au nom d’orage, porte-parole mondiale de la lutte contre le déréglement climatique, est en visite en France et bientôt à l’Assemblée Nationale, où des hommes, tous blancs, tous âgés de plus de quarante ans, la traitent de « gourou apocalytique » et tentent de ridiculiser « l’infantilisation obscurantiste » qu’elle représente à leurs yeux. C’est exactement l’histoire de Cassandre. Plus ses précisions étaient juste, moins on la croyait (la jeune fille avait tout même sonné l’alarme, rapport au Cheval de Troie). Les Grecs lui firent un sort définitif en la déclarant folle.
lun 22/07/2019 - 10:45
E.T.
" Donc on est sûr qu’elle est d’origine extra-terrestre ? " Une des phrases que j’entends pendant que mon mari téléphone. Le "elle" est une poussière tombée sur notre planète, et venue, innombrable, du fond de l’univers. Il les récolte et il les analyse, avec des machines qui ressemblent des accélérateurs de particules. C’est son métier. Je ne m’en lasse pas.
jeu 27/06/2019 - 06:36
Temps
Problème d’écoulement du temps. Il passe trop vite ou trop lentement. Signe typique de névrose. Pas de plombier.

mer 26/06/2019 - 06:35
chiffre
70 millions de réfugiés dans le monde. Tout un pays, aussi peuplé que la France.
lun 24/06/2019 - 19:16
dimanche
Nous suivons un moment, dans les embouteillages de l'A6, le camping car d'une famille d'Allemands, au derrière duquel est écrit : "wir leben unseren Traum", nous vivons notre rêve. Je suis de tout coeur avec eux.
dim 23/06/2019 - 21:25
été
Eté. Les mésangeots sont partis. La petite maison de bois dans le rosier est vide et la boule de graines, seulement mangée par quelques moineaux survivants, n’est plus à renouveler chaque jour. Impression d’avoir été utile. Rendre service aux animaux. Ouvrir la porte à mon chien. Comprendre quand il a soif. Le débarrasser d’une écharde. Communication. Entente.

sam 22/06/2019 - 13:41
Hammershoi
Hammershoi, peintre danois du 19ème, exposition en ce moment à Paris, est d’un goût parfait, c’est-à-dire conforme à ce que la classe dominante, ou cultivée, comme on veut, juge approprié en ce moment. Des intérieurs paisibles, strictement propres et rangés, des femmes de dos, pensives, c’est très beau, légèrement spectral, dans des tons de gris, de brun, vert et bleu pâle et blanc, et ça ne dérange personne.
ven 21/06/2019 - 13:59
Berthe Morisot
Berthe Morisot au Musée d’Orsay. La femme assise avec le lévrier, merveille. Des coins de tableau complètement abstraits, une marine toute de traits et de taches. Des scènes jamais vues, des enfants faisant des châteaux de sable, ou saisis dans leur gravité. Et puis des croûtes, d’horribles mauvais sous-Renoir, en pastel rose et orange, aux lignes appuyées. Ou alors – a-t-on attribué le mauvais goût aux femmes ? Faut-il repenser notre regard sur ces mièvreries ? Ai-je été trop éduquée à aimer ceci et pas cela, et toujours du côté qui tient le manche ?
jeu 20/06/2019 - 07:01
Hyperactif
Quentin Dupieux dans Libération le 19 juin (interview de Julien Gester) : "J’ai un tout petit côté hyperactif, mais j’ai aussi le temps de m’emmerder, de glander, de voir ma femme et mes enfants, sortir le chien. Je ne suis pas un malade du travail à cran avec du Guronsan. Plein de gens me demandent : «Mais comment tu faaaais ?», comme si j’étais un surhomme. Mais moi j’ai envie de leur dire : «C’est vous qui branlez rien.»
Il ajoute en conclusion : « Je n’ai aucune croyance en l’humain, j’ai l’impression de voir s’éteindre une espèce qui se fout le feu à elle-même en rigolant. Je préfère les chiens. J’aimerais beaucoup être réincarné dans une meute de chiens dans la forêt. »
mer 19/06/2019 - 10:25
esprit
Je reçois des demandes parfois farfelues, d’autres qui sont des mots d’esprit à elles toute seules, comme celle-ci :
Chère Marie Darrieussecq, J’espère que vous allez bien. Je prépare une nouvelle anthologie : Les mots d’esprit des écrivains.Toute époque et aire culturelles confondues. Classement par auteur par ordre alphabétique. Je n’ai pas lu tous vos livres. Pourriez-vous m’envoyer les citations et répliques de votre plume les plus humoristiques ? Un grand merci. Bien à vous.
mer 19/06/2019 - 10:24
Robots
Je bavarde avec une de mes anciennes baby-sitters, croisée dans la rue devant l'école de ma plus jeune fille. Elle poursuit ses études de droit et espère se spécialiser en droit des robots. « On m’aurait dit ça quand j’avais votre âge, lui dis-je comme une vieille dame, je me serais crue dans Blade Runner ». Elle m’explique qu’on ne peut pas leur faire faire n’importe quoi, aux robots. Elle porte le joli nom d’Ephraim, et c’est comme si la Bible se greffait directement à un roman de science fiction, Ephraim, avocate des robots.
mar 18/06/2019 - 07:20
211
Hier dans le métro mon voisin échangeait banalement des textos sur son téléphone. Plus spécifiquement des messages vocaux, comme fait parfois mon grand fils : l’envoi de ces brefs messages audio qu’on écoute en approchant tout près l’oreille évite de se fatiguer les pouces et l’orthographe ; évite aussi la longueur d’une vraie conversation, tous les moments « phatiques » de maintien oral du dialogue, je parle, tu me parles, comment ça va et la famille. Le numéro de téléphone qui apparaissait en haut de l’écran commençait par 211 – Soudan du Sud, ai-je appris sur mon propre téléphone. Je ne me lasse pas d’admirer cette instantanéité : quelque part au Soudan du Sud quelqu’un en ce moment-même écoutait les messages d’un passager du métro entre Montparnasse et Châtelet. En y repensant je me dis que les messages vocaux sont bien pratiques aussi quand on ne sait pas lire, ce qui n’était pas le cas de mon voisin, puisqu’il poursuivit ensuite son Odyssée sur Facebook, mais peut-être celui de son interlocuteur. J’imaginais une vieille dame du Darfour, réfugiée au Sud, attendant après son fils – tout un roman, ou la réalité.
mer 12/06/2019 - 14:31
Enfants
La France rapatrie du Kurdistan syrien des enfants de djihadistes français. Je suis contente que l’Etat se charge de ce que je ne saurais ni faire ni même décider moi-même. Ça sert aussi à ça, un Etat. À faire bien, do the right thing. Quand les sondages préconiseraient l’inverse, comme ce fut le cas pour l’abolition de la peine de mort en 1981. La question, c’est pourquoi se limiter aux enfants de djihadistes français, qu’est-ce que c’est que cette histoire de nationalité pour un enfant, pourquoi ne pas offrir assistance à tous les orphelins qui croupissent dans ces camps de guerre ?
mar 11/06/2019 - 06:42
Journal de Gide
"Nous courons à l'abîme, et toute l'Europe avec nous."
Gide dans son journal, le 21 juillet 1921, après avoir lu "les déclarations des nationalistes".
lun 10/06/2019 - 09:07
Tank
La célèbre photo de l’homme arrêtant seul les chars à Pékin, son sac en plastique à la main, fait écran, malheureusement, aux massacres de Tian An Men. C’est une photo trop belle, trop optimiste.

sam 08/06/2019 - 07:28
plastique
Cette évidence, qui me frappe soudain en écoutant la radio : les objets à usage unique sont fabriqués dans des matériaux très durables. Un gobelet en plastique met des centaines d'années à se "biodégrader". Dans mon enfance, on jetait comme si les objets allaient disparaitre dans une faille de l'espace-temps.
ven 07/06/2019 - 09:41
Soudan
Les militaires tirent sur un sit-in démocratique au Soudan, soixante morts. Je songe aux paroles candides mais justes de la chanson de Souchon et Voulzy, en 1993 :
Oh, oh, oh, et je rêve, que Soudan, mon pays, soudain, se soulève
Oh, oh, Rêver, c'est déjà ça, c'est déjà ça,
C'est déjà ça.
mer 05/06/2019 - 08:14
Odessa
Jean-Paul a passé ce chaud weekend à Odessa. Je me souviens de cette ville si belle, européenne, méditerranéenne, juive, orientale. Le tramway bleu des années soixante, tout fringant. Les escaliers bien entendu (Potemkine, le landau tragique). La maison natale d’Isaac Babel. La plage familiale et bling bling, et la Crimée sur l’horizon, inaccessible, comme si on m’interdisait, depuis Biarritz, d’aller à Bilbao
lun 03/06/2019 - 06:54
rien à lire
Je ne sais comment je me suis retrouvée dans cette maison sans rien avoir pris à lire, autant dire sans eau. J’allume ma liseuse, léger objet de secours chargé au petit bonheur de centaines de classiques (et de livres « jetables » dont je ne voudrais pas m’encombrer sur papier). Voyage autour de ma chambre est une sorte d’Oblomov joyeux. Xavier de Maistre, Perec avant l’heure, nous fait visiter pas à pas sa chambre, en rêvant. On n’en sort pas mais on s’égare et c’est très joli. Je lui pardonne même ses considérations mysogines. L’éternelle coquetterie des femmes, leur indifférence à tout sauf elles-mêmes, leur versatilité, leur sautes d’humeurs : tous les défauts de ce charmant narrateur, il les leur attribue – classique. Si vous voulez savoir qui est Xavier de Maistre, lisez ses portraits de femme.

Et il aime sa chienne. Elle s’appelle Rosine. La mienne s’appelle Odette. Le brave garçon.
dim 02/06/2019 - 08:30
Lobo Antunes
Je lis, dans une maison de campagne, « Dormir accompagné », des nouvelles du grand Lobo Antunes, trouvées dans la bibliothèque de la chambre où je ne dors pas. Le titre m’a attirée. Je lis tout ce qui me tombe sous la main sur le sommeil et l’insomnie, si possible quand elle me tient. Ces nouvelles sont consternantes. Des effets faciles, de l’humour ringard, des histoires d’adultère sans intérêt, des souvenirs d’enfance qui n’en ont pas davantage. Un peu de méchanceté gratuite aussi, sur tel homme boiteux, telle femme bigleuse. Il ne faut pas tout publier.
sam 01/06/2019 - 05:40
Mésanges
Un couple de mésanges a bien voulu s'installer dans la maisonnette en bois suspendue sur mon balcon parisien, parmi les roses. Charmantes aller-venues, je lève la tête des mes lectures. Cinq ou six moineaux viennent aussi picorer le sachet de graines accroché à la rambarde. Une ou deux abeilles visitent les fleurs. Sept ou huit martinets revenus du Sud crissent très haut dans la cour. Chaque année j'attends leur retour. Ils ne reviennent plus où vit désormais mon père. Petit monde. Les mésanges "zinzinulent". J'ai voté vert pour la deuxième fois de ma vie en espérant que cette fois, ça serve à quelque chose. La première fois j'étais toute jeune.
mer 29/05/2019 - 10:31
Mati Diop
J'aimerais que Mati Diop ait la Palme d'or. Mati Diop est l’avenir du cinéma. J’avais déjà beaucoup aimé son moyen métrage 'Mille Soleils' quand j’étais membre de l’avance sur recettes. C'était déjà un film qui commençait à Dakar et se terminait ailleurs - en Alaska, par un petit miracle de scénario très cohérent. Ici, pour "Atlantique", des gamins qui fuient l'injustice et la misère prennent une pirogue. Une vague les emporte. Ils reviennent en zombies dans le corps de leurs amoureuses. On bascule du film réaliste au film de genre. Et c'est magnifique, dans un Dakar fantomatique qui autorise ce retournement. La salle était divisée. La moitié qui est restée pour applaudir était fervente, enthousiaste. Ce n'est pas le film "africain" qu'attendait peut-être la Croisette. Justement.
sam 25/05/2019 - 09:24
Cannes toujours
Tout au long de la Croisette, des centaines de gens vêtus avec espoir quémandent des invitations. Les contrôleurs refoulent sous mes yeux une femme pourvue du précieux sésame, mais elle porte un jean noir et un imperméable cintré. N’importe où ailleurs elle serait chic. Une autre femme sous un diadème branlant et dans un fourreau bricolé parvient à monter les marches, à entrer dans la salle, à s’asseoir. Mais elle est délogée fissa : son invitation semble bricolée aussi. Un homme élégant mais presque nu, à la façon des femmes, semble dans son propre festival mental et il est refoulé lui aussi alors qu’il allait atteindre un des 2300 fauteuils. Hélas ces pittoresques figures du Festival sont, me dit-on, de plus en plus rares, emportés par la lutte anti-terrorisme, qui les confond dans son grand filet. Du pied des marches jusqu’à l’intérieur de la salle, on est contrôlé par une armada de vigiles, hôtesses, maîtres d’étiquette, portiques, videurs, et même la Garde républicaine.
mer 22/05/2019 - 16:31
trop ou pas assez
Départ pour le Festival de Cannes. Impression de vivre trop vite. Contraste un peu vertigineux avec ma vie habituelle vide, c’est-à-dire d’écriture. J’ai passé 2018 en tenue de yoga à cuisiner des légumes, classer des photos, voyager un peu, me promener, négocier avec la mélancolie – écrire. Je passe 2019 à ne pas la voir passer : à voir des gens, parler, donner la parole, découvrir le pouvoir effectif, me pomponner, lire des scénarios et Dostoïevski pour me « guérir » des scénarios, ne plus faire de sport, marcher très vite, oublier de respirer, négocier avec l’angoisse – ne pas écrire.
Vivre entre trop ou pas assez. Exacte définition de la névrose.
Seules valeurs sûres (en dehors de mon homme et mes enfants) : mon insomnie, et mon goût trop prononcé pour le Bordeaux.
mer 15/05/2019 - 07:46
Bruxelles
Bu des coups jusqu'à pas d'heure au 'Daring Man', un sympathique troquet de Bruxelles. Bonne musique. Un des serveurs, très beau, ressemblait au personnage d'un de mes futurs romans, celui qui s'appelle, dans ma tête, "Fabriquer une femme". Il ressemblait à un Jimmy Hendricks calme. L'autre serveur ressemblait à un Eric Clapton agité. (Il n'est présent dans aucun de mes romans passés ou futurs, à ma connaissance, ce qui n'augure rien de sa personne).

dim 12/05/2019 - 18:41
insomnie
Reprise d’insomnie. Pourquoi maintenant ? Des plaques tectoniques se déplacent souterrainement, et ouvrent ces failles désordonnées, zigzagantes, luisantes, la lave de l’insomnie, le faux jour dans la nuit, une forme d’enfer.
ven 10/05/2019 - 07:48
mensonges
Après l'eau de la Seine, l'argent a coulé à flots sur Notre Dame.
Il y a deux grands mensonges, me dit mon mari. La chanson de Cindy Lauper, "girls just want to have fun", et la théorie du ruissellement.
sam 04/05/2019 - 08:58
Notre Dame de Paris
Notre Dame. Et Hugo, toujours : " Le mur était en pierre, la toiture en plomb, la charpente en bois. Cette charpente prodigieuse, si touffue qu’on appelait la forêt. Quasimodo courut à cette tour. (...) Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu’ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s’élargissaient en gerbes, comme l’eau qui jaillit des mille trous de l’arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l’une toute noire, l’autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l’immensité de l’ombre qu’elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre."
mer 17/04/2019 - 12:06
cerf, cerf, ouvre-moi
Après la division par deux du coût du permis de chasse, le Sénat vient de voter un amendement pour créer un délit d'entrave à la chasse. Si, comme cela m'est arrivé un jour dans un bois de l'Essonne, je protège un chevreuil épuisé en m'interposant entre lui et un chasseur, il pourrait donc m'en coûter un an d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende. Macron ne cesse de faire des cadeaux à ceux qui tiennent les fusils.
ven 12/04/2019 - 12:31
Commémoration du génocide contre les tutsis
Depuis des années, depuis mon premier voyage au Rwanda, le 7 avril est devenu une date singulière pour moi. Échange de quelques messages avec des ami.es rescapé.es, là-bas. Leurs beaux prénoms, Médiatrice, Consolatrice... Vingt-cinq ans : la plupart des Rwandais aujourd'hui ne se souviennent pas directement. Et les archives françaises attendent toujours d'être VRAIMENT ouvertes.
"Ibuka, Ibuka"... j'ai la triste chanson dans la tête... "Je me souviens, je me souviens"... Comme Georges Perec, qui lui aussi était un enfant rescapé.
dim 07/04/2019 - 20:48
Bari
Départ pour Bari où je retrouverai avec plaisir Alice Zeniter. J'embarque, comme toujours, un nombre bien trop ambitieux de livres, plus mon ordinateur avec des scénarios, plus une liseuse chargée d'à peu près deux vies de lecture. j'hésite à prendre le très volumineux tome 2 des frères Karamazov, que je n'ai pas encore fini. Hier ma fille de 15 ans à qui je faisais une blague, mon livre à la main, m'a dit : "retourne à tes Frères Chelou".
mar 02/04/2019 - 07:26
de l'ego
J’étais invitée à causer avec Macron et soixante intellectuels l’autre jour. J’avais autre chose à faire (dont m’occuper de mon vieux père). Vendredi soir des ami.es critiquent ce débat à table. Je mentionne, quelque peu cabotine, le fait que je n’y suis pas allée – il y avait très peu de femmes, fait remarquer l’un – j’ai sans doute été invitée parce qu’on en manquait, dis-je – l’assentiment immédiat de mes ami.es à cette analyse me vexe plus fort que je n’aurais cru.
lun 01/04/2019 - 07:18
du deuil et du moderne
Quand les éditions POL m'appellent, c'est le visage de Paul qui apparaît. Dans mes moments de plus grand oubli, ça me fait un coup au coeur - comme s'il revenait, vraiment. Des mois que je me dis que je dois changer cette photo, et puis non.
lun 01/04/2019 - 07:09
Guayaquil
On me propose de partir au festival du livre de Guayaquil, en Equateur, et le monde s’ouvre, une ville dont j’ignorais jusqu’au nom. Je regarde des images… Et c’est par là qu’on s’embarque pour les Galapagos… Mais ce sera en pleine rentrée littéraire en France, plus le CNC, plus la chaire à Science Po que je viens d’accepter pour le second semestre, plus mes trois enfants, plus… Et les quatorze heures d’avion me font frémir aussi. Je ne tiens plus dans ces petites boîtes volantes. Et mon bilan carbone, à force de tours du monde, est désastreux, même si je ne mange plus de viande depuis des années. Je me sens étroitement empaquetée dans le monde, un monde où tout se tient, où même l’échappée des voyages a son revers d’enfermement.
mar 26/03/2019 - 11:40
les scénario cauchemars
La nuit, je rêve que je lis des scénarios.
Je rêve aussi de mon père, de l'état de ses jambes, de son souffle. Hier il m'a raconté au téléphone qu'il est allé faire les courses dans un petit "Carrefour city" qu'il a repéré, à plus d'une demi-heure de sa résidence "senior". C'est un mini Carrefour près de la maison qu'il a quittée, près de la plage aussi. On peut se garer au ras du mur. Je ne le referai plus, me dit-il. C'était la panique dans le magasin. Tout le monde avait peur pour moi. Tout le monde me demandait si j'avais besoin d'aide. Tu comprends, je dois me tenir à quelque chose tout le temps.
Mes rêves m'aident à enregistrer l'état de mon père. Pas à l'accepter, juste à y croire. Mon inconscient travaille à filmer le réel.
Tu as pu voir la mer ? lui ai-je demandé. Bien sûr que oui. Il se gare le capot face aux vagues, sous le phare, toujours au même endroit (là où c'est interdit). Cette image, comme un lieu sûr, illusoire. Peut-être est-ce celle qui restera.
mar 26/03/2019 - 11:27
Hugo, encore
« La poupée est un des plus impérieux besoins et en même temps un des plus charmants instincts de l’enfance féminine. Soigner, vêtir, parer, habiller, déshabiller, rhabiller, enseigner, un peu gronder, bercer, dorloter, endormir, se figurer que quelque chose est quelqu’un, tout l’avenir de la femme est là. (…) Une petite fille sans poupée est à peu près aussi malheureuse et tout à fait aussi impossible qu’une femme sans enfant.» C'est dans les Misérables. Que c'est beau pourtant, toute cette histoire entre Jean Valjean et Cosette. La fuite de Valjean du boulevard de l’hôpital jusqu'à Picpus est très modianesque. Quartiers « lointains », où rien ne semble central, où tout peut donc arriver, la désertion, ou la disparition, le vide.
mer 20/03/2019 - 17:54
La Mer à l'envers
J'ai remis hier à Frédéric mon manuscrit définitif de "la Mer à l'envers". Aujourd'hui je suis passée chez POL et Antonie travaillait déjà à la maquette.
J'ai commencé à le relire dans l'avion de New York le 3 mars, et comme d'habitude je me suis rendue compte que cette ultime lecture me prendrait plus de temps que prévu. Elle m'a pris toute la semaine, les matins très tôt avec le décalage horaire, le soir quand nous rentrions de nos splendides ballades avec ma fille. Je l'ai terminée à JFK juste avant d'embarquer, le 11 mars au soir. Avec la peur que l'avion se crashe et que paraisse une version posthume pas tout à fait finie.
mer 13/03/2019 - 20:51
Ligue de l'enseignement
Passé la matinée en "marraine" avec des volontaires de la Ligue de l'enseignement venus de toute la Francophonie. Ils se mobilisent pour démocratiser la lecture. Parlé de ça : de l'intimidation par la culture. Du droit de commencer un livre par le milieu, ou de sauter des pages, ce droit (ou ce geste) si bien pensé par Deleuze, si bien popularisé par Pennac. J'aime toujours autant raconter la Princesse de Clèves façon feuilleton.
Rentrée chez moi dare dare promener mon chien, puis repartie au CNC. Ai tout de même écrit trois lignes. Le décalage horaire me tient en forme à des heures bizarres. Ce soir je lis des scénarios... Vu mes enfants, aussi...
mar 12/03/2019 - 21:24
Pétition
On me propose (encore) de signer une pétition pour le retour des enfants de djihadistes français. Ces enfants sont en train de mourir, de faim, de maladie. Le bébé d'une djihadiste ex-anglaise vient de mourir... Je sais ce que c'est, un bébé... et je ne trouve pas le courage de signer. J'essaie de réfléchir. Faut-il réfléchir ?
lun 11/03/2019 - 22:13
Hilma Af Klint
Aussi au Guggenheim : je ne suis pas folle de la peinture d'Hilma Af Klint, contemporaine de Paula M. Becker. Mais je me souviens avoir appris, dans les années 80, que Kandisky est le pionnier de l'art abstrait, alors que chronologiquement, c'est évidemment elle.
dim 10/03/2019 - 02:55
Mapplethorpe
Redécouvrir Mapplethorpe avec ma fille de quinze ans, au Guggenheim à New York, presque par surprise. Redécouvrir sa grâce par ses jeunes yeux, sa drôlerie, sa fraîcheur, son innocence, sa gravité. Je me souvenais de ce qu'il y avait de provocant dans son oeuvre, et j'avais oublié l'immense photographe qu'il est.
dim 10/03/2019 - 02:50
Gauguin
Lue dans un scénario, cette phrase de Gauguin : « Tant que l’État se fera le gendarme et le bourreau d’une société, il sera à la merci d’un soulèvement populaire. Les Républiques, comme les rois, qui l’oublient sont condamnées ».
ven 01/03/2019 - 08:16
piles
Et pendant ce temps la vie continue, et la montée de la mort dans le corps détruit de mon père. Ces deux derniers jours dans la chaleur basque nous avons, lui et moi, trié sa bibliothèque en prévision de son installation en « appartement senior ». Trois piles : ce qu’il gardait, ce qu’il jetait, ce qu’il me donnait pour ne pas jeter. Les piles étaient en escalier, la petite était la bibliothèque de toute une vie, idéale, un portrait de mon père. Faulkner, Hemingway, Dos Passos, Rabelais, quelques Roth, quelques livres de mer et de flibuste. La pile moyenne était pour moi, d’excellents livres « qu’il ne relirait plus », de Don Quichotte à Carver. Pour la pile haute, nous avions des éclats de rire vengeurs à nous défaire des livres qui n’ont aucune importance face à la mort. J’ai porté les condamnés à la poubelle de tri, la gorge serrée et le coeur léger…
jeu 28/02/2019 - 19:31
pape
"Cela me rappelle la pratique religieuse cruelle, répandue par le passé dans certaines cultures, qui consistait à offrir des êtres humains – spécialement des enfants - en sacrifice dans les rites païens". C'est ce que le Pape trouve à dire sur la pédophilie, "oeuvre de Satan", "problème universel et transversal qui, malheureusement, existe presque partout."
Sur le mal fait aux enfants il n’y a pas de plus fortes pages que celle de Dostoïevski dans les Frères Karamazov. Sur le mal fait aux animaux aussi – au début de ces mêmes pages. Le petit cheval frappé « sur ses yeux doux »... Même Hugo ne parle pas des enfants comme Dostoïevski, et du scandale du mal qu’on leur fait.
lun 25/02/2019 - 07:48
Nofretete
Berlin. « Tu veux voir Nofretete ? » me demande Christian. Je ne comprends pas. Qui ? Au Neues Museum. Je me laisse entraîner. On a quinze minutes entre une radio et ma lecture ce soir. D’abord on court voir les Caspar Friedrich, pour la "surface profonde". Le Moine devant la mer. Et là, la Forêt sous la lune. Il nous reste neuf minutes. On court voir Nofretete. Il faut changer de bâtiment.
Hors d’haleine je lui parle de "Bande à Part" (ou était-ce "Nouvelle vague" ?) de Godard, la visite la plus rapide du Louvre : Ana Karina, Sami Frey, Claude Brasseur, galopant dans les galeries - voici Nofretete. Ah ! C’est Nefertiti.
La puissance. Une femme prise si absolument au sérieux au tout début du monde. Elle n’a qu’un œil. Je ne savais pas. Christian dit que ça ajoute à sa beauté.
sam 23/02/2019 - 18:07
Berlin
Berlin. Discuté hier soir tard avec Christian, mon éditeur, des moments de "surface profonde" qui peuvent donner naissance à un livre.
Rilke découvrant, vingt ans après la mort de Paula Becker une édition du Journal de son amie, posé sur la table de chevet du château où il dort. Il le relit toute la nuit (du moins c'est ce que j'imagine : toute la nuit). Bouleversé, il demande à qui appartient ce livre : à la femme de chambre, qui l'a eu en cadeau de Noël.
Et aussi : quand j'ai lu justement ce Journal, découvrir que Paula aimait manger, sans son mari, de la compote de pomme et des crêpes, comme une enfant.
C'est presque inexplicable, mais ces moments apparemment "superficiels" s'avèrent la surface d'un livre, et il suffit alors de plonger dans les profondeurs, d'écrire le livre.
jeu 21/02/2019 - 12:06
Petites filles
Cosette chez Hugo, et Lisa chez Dostoievski, se ressemblent. Lisa est moins pauvre et moins abandonnée, mais elle est orpheline de mère et fille d’alcoolique. Cosette se tord les mains, Lisa se tord les bras. Elles ont huit ans. Leurs habits neufs de petites endeuillées sont les mêmes dans le moindre détail, fournis par deux hommes qui les sauvent avec respect, en parlant sérieusement avec elles. Cette attention aux petites filles, de la part deux très grands écrivains, m’émeut beaucoup. Je pense aux tableaux de fillettes de Paula M. Becker – il me semble les voir, Lisa et Cosette, chez elle – ce sérieux accordé à qui n’en a pas l’habitude.
lun 18/02/2019 - 21:25
en finir avec Dostoïevski
Je crois en avoir fini avec Dostoievski, relu tous les « grands », les Démons, l’Idiot, les Frères K, Crime et châtiment… Je crois lui avoir fait la peau : compris sa machine. Je crois pouvoir le ranger dans ma tête et mon coeur, le ranger brûlant, incandescent, mais le ranger… En finir... J’expédie ses « petits » livres, je lis « Les Nuits blanches » et c’est vraiment un petit livre : je le trouve presque vain. Et puis je lis « le Rêve d’un homme ridicule » et ces 60 pages sont comme l’élixir de toute l’œuvre… La clef alchimique… Un homme qui ne dort pas… Un rêve comme une prière… L’annonce de toute la suite… Un programme fou, énorme, si court et si dense…
sam 16/02/2019 - 09:28
Europe sweet Europe
Le Quai d'Orsay a rappelé notre ambassadeur en Italie. C'est la première fois que cela arrive depuis 1940. Ça me glace le sang. Chère, chère Italie !
jeu 07/02/2019 - 14:16
Akira Yoshimura
Lu à toute berzingue, parce qu'il était sur mes piles depuis longtemps, et parce qu'il était court pour un long trajet vers Montreuil, "La jeune fille suppliciée sur une étagère" d'Akira Yoshimura. Le titre est dingue, le livre aussi, et féministe comme à son insu. Dans les années 50 Yoshimura semble ouvrir ce pan de la littérature japonaise qui va s'épanouir avec Yoko Ogawa ou Murakami - bizarre avec évidence.
mar 05/02/2019 - 11:04
Beckett
Sami Frey hier à l’Atelier, dans 'Premier amour' de Beckett. J’entendais tout ce que Raymond Devos devait à Beckett. « Tu vis de la prostitution ? - NOUS vivons de la prostitution. » Et un Beckett qui dit « con », « bander », « merde », etc. On oublie. Charlie Hebdo aussi vient de Beckett. Et dans le même temps, cette approche si détachée du sexe qu'elle en devient hilarante, et cette évidence qu'on le nourrira quoiqu'il arrive, et ce dédain si absolu du travail que le mot même n'est jamais mentionné. Toute la 'littérature de l'impassible', Echenoz, Toussaint, Gailly, Oster, vient de Beckett, qui lui-même vient de Kafka, qui lui-même vient du Hamsun de "La Faim".
Comme le dit Dostoïevski dans son 'Discours sur Pouchkine' (où, d'ailleurs, il se montre bien plus européen et bien moins slavophile que ce qu'on dit souvent) : "s'il n’y avait pas eu de Pouchkine les talents qui ont suivi n’auraient pu se manifester. Ils n’auraient su, tout au moins, se révéler avec autant de force et de clarté."

dim 03/02/2019 - 08:44
Qui a peur de Virginia Woolf ?
Un loup ne quittait plus les abords d’un village d’Ariège. Une femme l’a recueilli dans son garage. Il était très malade. Un vétérinaire, appelé, n’a pu que l’euthanasier. Certaines bêtes cherchent notre compagnie pour mourir. Le chien pointe sous les canines du loup. Est-ce que la louve pointe parfois sous mes canines ? Woolf, woolf ! J’ai commandé chez le libraire « Classer, dominer », de Christine Delphy, conseillé par mon amie Céleste. Céleste allaitait, « affaiblie », au milieu d’une discussion d’hommes, amis, tous metteurs en scène comme elle. Elle n’a pas pu prendre la parole. Ce livre m’a aidée, me dit-elle. Commandé aussi une nouvelle traduction des « Âmes mortes » de Gogol, Frédéric Boyer m’a donné envie de le relire.
sam 02/02/2019 - 11:08
Pouchkine toujours
J'ignorais tout de l'humour de Pouchkine. L'anti-Dostoïevski - qui a d'ailleurs écrit un "Discours sur Pouchkine", que je vais lire.
Plus j'ai de scénarios à lire, plus je lis les grands Russes. Du moins les traductions de Markowicz. J'ai l'impression de lire toute l'oeuvre de Marcowicz ! J'avais aussi beaucoup aimé ses traductions de poètes chinois.
D'une revue publiée "sans guère de soin", Pouchkine dit que l'éditeur s'est "excusé publiquement auprès du public par le fait que durant les fêtes, il avait 'fait la noce' ".
ven 01/02/2019 - 08:30
Pouchkine for ever
Je donne tout l'esprit de sérieux de Hugo contre un clin d'oeil de Pouchkine.
jeu 31/01/2019 - 20:54
Les Malheurs de Sophie
Quatre jours avec Sophie Tolstoï, ça ira. J’aime beaucoup ses récits de sevrage, les rituels qui entourent cette séparation avec le jeune enfant. L’édition s’arrête après la mort de son terrible et célèbre mari (1910), mais la préface, de Tania, une petite fille chérie, raconte la vie qui a suivi, les Bolcheviks, la famine (la petite fille a perdu tous ses ongles), et la grand-mère Sophie qui tient ferme. Elle est morte en 1919. Sa vie ne s’est pas arrêtée à Tolstoi.
Comment peut-on écrire "Anna Karénine", ce livre merveilleux, et se tenir si mal avec sa propre femme ? Etre si - malpoli avec elle ? et malpropre !
Je passe à Pouchkine, "Eugène Onéguine".
jeu 31/01/2019 - 08:56
Sophie Tolstoi, encore
Sophie Tolstoi ne mentionne pas la visite de Rilke, en août 1900, avec Lou Andrea Salomé, juste avant que les deux amants ne se séparent et que le jeune poète ne s’en aille seul, l’âme en peine, à Worpswede où il va rencontrer « ma » Paula Becker. Sophie Tolstoi en a un peu marre, à ce moment-là, des incessantes visites à son célèbre mari.
Je dévore ce journal alors que des piles de scénarios m'attendent, pour le CNC. On ne lit jamais mieux un livre que quand on a autre chose à faire, d'urgent.
mar 29/01/2019 - 09:12
Sophie Tolstoi
Je lis le merveilleux journal de Sophie Tolstoi. Elle parle du végétarisme de son célèbre mari, qui entraîne « un double service, des dépenses supplémentaires, un surcroit de travail pour les domestiques ». « Tout ce qu’il prêche pour faire le bonheur des hommes me complique tellement la vie, qu’il m’est de plus en plus difficile d’exister ». (2 janvier 1895)
Je ne mange plus de mammifères depuis des années mais c’est moi qui pèle mes carottes : je ne suis pas Tolstoï.
Comme elle parle bien des bébés. Sa justesse dans la description de son amour pour ses enfants. La mort du petit Petia. La mort de son Vanetchka adoré, qui fait s’interrompre le journal.
Quand on a tellement d’enfants – treize – est-il évitable d’avoir des préférés ?
lun 28/01/2019 - 08:50
Bridget Jones
Hier soir j’ai fumé quatre cigarettes et bu au moins six verres, mon côté Bridget Jones, alors ce matin : gym dite « suédoise ». Nous sommes une bonne cinquantaine à sauter, danser, s’étirer en rythme sur des tubes aussi redoutables que « La vie du bon côté » d’un certain Keen V (j’ai demandé). A force d’endorphines et d’oxygénation, nous sommes tous dopés, il s’en faut de peu pour qu’on n’entonne pas en chœur les paroles : « Je donne le meilleur de moi-même pour ne pas me lamenter, ne pas abandonner, j'y suis arrivé donc tu peux y arriver », une vraie chanson de droite. Je sors de cette heure de gym systématiquement enthousiasmée par le fait d’être en vie, biologiquement en vie.
dim 27/01/2019 - 09:39
Gynocides
La fin de l’Idiot est déchirante pour qui veut épouser la bonne personne. Pour qui croit au mariage, en somme. Et cet assassinat, écrit comme le destin. Je pense à Marie Trintignant, à son frère qui parlait avec son assassin, les deux hommes la veillant « endormie »… une nuit blanche d’horreur, exactement comme Mychkine et Rogojine au chevet de Nastassia…
Les femmes tuées par les hommes, comme si ça allait de soi, comme une punition fatale – de quoi ? D’être hétérosexuelles malgré tout ?
sam 26/01/2019 - 14:51
Nouvelles
Le petit Julen, tombé au fond d’un puit très étroit et profond, a été retrouvé mort au bout de douze jours d’une entreprise phénoménale pour le sauver. C’était en Andalousie. Ça n’a aucun sens. Les parents avaient déjà perdu leur premier enfant.
Ma mère, endeuillée de son fils, m’a dit n’avoir eu qu’un sentiment pour moi pendant ma toute petite enfance : la peur que je meure. (Quel excellent début dans la vie).

Trump trépigne pour avoir son mur et bloque tout un pays.

sam 26/01/2019 - 11:26
Amoureuse
Je termine l'Idiot. Nastassia Filippovna écrit à Aglaia Epantchina qu'elle l'aime, qu'elle est amoureuse d'elle, elle le lui dit plusieurs fois. Il y a tout un roman dans ce roman que je n'avais pas vu à ma première lecture. Ce n'est pas vraiment une histoire d'hommes. Le plus beau personnage c'est Lizaveta Prokofievna, qu'on pourrait nommer "L'Idiote" : cinquantenaire de choc à qui je m'identifie volontiers maintenant, quand il y a trente ans je m'identifiais (sans doute avec difficulté) à Nastassia ou Aglaia ; ou à l'Idiot. "Toute ma vie j'ai détesté les poèmes, dit Lizaveta, comme si je pressentais quelque chose." Quel bonheur d'avoir rencontré, sur le tard, cette si sage Lizaveta.
jeu 24/01/2019 - 08:58
fantômes
Aujourd'hui dimanche, entendu sur France Inter Nina Bouraoui évoquer les fantômes (dans la belle émission "Remèdes à la mélancolie"). Une femme était à la fenêtre d'une maison familiale, une femme morte, que la photo de la maison révélait. Et ce soir mon amie Mary me demande, depuis Londres, si j'ai déjà vu un fantôme. Sa maison émet des sons étranges, et elle n'aime pas demeurer dans une pièce en particulier.
J'aime passionnément ces récits. Ma grand-mère voyait les fantômes, surtout celui de ma tante suicidée ; or ma grand-mère n'était ni folle ni menteuse. Ma tante portait son tailleur bleu à boutons dorés. Sa mise en plis était impeccable. La porte s'ouvrait quand elle entrait, vers six heures du matin, dans la chambre de ma grand-mère. Tout était si réel, disait ma grand-mère (à ma mère ; à moi elle ne l'a jamais raconté). Ma tante s'asseyait au bord du lit. Et elle disait des phrases que je ne peux pas écrire ici. Des phrases si justes, si vraies, qu'il faudra les écrire dans un roman.
dim 20/01/2019 - 19:33
Rape and revenge
Depuis que ma fille ainée m'a expliqué le genre "rape and revenge" - "Thelma et Louise", "Kill Bill"... - je comprends que "l'Idiot" de Dostoïevski en participe. Ce n'est pas l'histoire du Prince Mychkine, c'est l'histoire de Nastassia Filippovna, jeune orpheline bafouée, violée tous les étés, "deux mois par an", par un riche propriétaire qui prétend lui faire la charité en l'entretenant dans un village lointain... Sa vengeance à Saint Petersbourg sera extraordinaire. Elle me tient en haleine sur les deux tomes. Merveilleuse traduction, toujours, de Marcowicz.
mar 15/01/2019 - 20:50
les migrants bleus
Je me demande s'il ne faudrait pas, dans mon roman, couper les quatre pages du récit enchâssé que j'appelle dans ma tête "les migrants bleus".

Je me souviens de Paul disant qu'un roman vaut aussi par ses étrangetés, ses surprises. Je vois ça comme des "morceaux qui sortent".
Mais j'ai aussi le désir d'un certain classicisme, d'un flux qui coule de lui-même, d'évidence.
lun 14/01/2019 - 08:31
Scénarios
Je lis toute la journée, et toute la soirée, des scénarios. Je sens la place pour écrire diminuer dans ma tête, dans mon corps, c'est un peu angoissant. La place, pas le temps. On a toujours le temps décrire quelques phrases mais il faut beaucoup de place, d'espace vide, pour qu'elles montent.
lun 14/01/2019 - 08:28
globe
J'ai offert un globe à la plus jeune de mes filles, pour Noël, un globe tout simple, non lumineux, maniable, qui tient entre deux mains d'enfant. Ne sachant trop si cela allait lui plaire, je lui ai aussi offert des objets sans doute plus attendus. Elle n'a joué qu'une fois avec la baguette d'Hermione (je voue un culte à Sainte J.K. Rowling, qui a réussi à faire lire tant d'enfants avec Harry Potter). Mais elle joue tous les jours avec le globe, s'imaginant, me dit-elle, des voyages, d'Abidjan à Perth, qu'elle découvre en lettres minuscules, avec des escales, qu'elle note sur un carnet, et même des trajets sous-marins. Les chiens ne font pas des chats, paraît-il.
ven 11/01/2019 - 15:00
Gabon
Mon ami Nicolas Fargues est au Gabon en plein coup d'état.
ven 11/01/2019 - 14:54
CNC
Me voilà présidente de l'avance sur recettes du CNC, comme le fut Paul. Il va falloir lire beaucoup, encore plus que d'habitude. Heureusement que je viens de finir "les Démons"... mais j'ai repris "L'Idiot" hier soir. "L'Idiot" il faut le relire tous les dix ans. Je vais devoir diminuer le rythme de mes voyages, aussi, car cette avance sur recettes (créée par Malraux en 1960) s'accompagne de beaucoup de réunions où on discute des projets de films, pour distribuer l'argent public qui va leur permettre ou pas d'exister. J'ai longtemps été lectrice dans une de ces commissions, puis, plus brièvement, présidente de l'aide au développement. C'est un bout de nouvelle vie qui commence. Dans les 550 scenarios à lire par an. Il faut peut-être que je me mette à dire "scenarii" ? Du nerf, Madame la Présidente.
mer 09/01/2019 - 17:49
Les Démons, fin
J'ai fini les Démons. Livre très perturbant. Traduction magnifique. Deux phrases antisémites, dont une effroyablement longue, le genre qu'on ne peut pas lire en diagonale. Invalident-elles le texte ? Est-ce le "narrateur" qui parle ? Pourquoi n'a-t-on pas le débat sur Dostoïevski qu'on a sur Céline ? Parce qu'il est russe ? Parce que qu"il écrit cinquante ans avant ? Livre de chaos. Livre qui dit le chaos. Livre qui annonce (plus encore que je ne m'en souvenais) l'Union Soviétique. Livre dingue. Je vais relire l'Idiot, pour oublier Stavroguine.
dim 06/01/2019 - 19:39
liés
Paul est mort le 2 et je suis née le 3. A la vie à la mort.
jeu 03/01/2019 - 13:37
Les Démons
Je lis « Les Démons », de Dostoïevski, que j’avais lus sous le titre « Les Possédés », vers 20 ans. La dynamique traduction de Markowicz fait que je comprends enfin les débats entre les personnages – ou je les comprends parce que je suis plus âgée. « Seulement, vous tous, vous n’avez pas vu le peuple, vous l’avez toujours considéré avec un mépris dégoûtant, et ça, parce que, sous le mot ’peuple’, vous ne pouviez vous représenter que le peuple français, et encore – rien que les Parisiens ! – et que vous aviez honte parce que le peuple russe, il ne correspondait pas. » Est-ce que le peuple français des gilets jaunes « correspond », aujourd’hui ? Invention géniale de cet identifiant, le gilet jaune. Qui ne "correspond pas", ça c'est sûr. Et du rond-point comme lieu commun.
mer 26/12/2018 - 09:17
Géopolitique à la maison
Trump retire les troupes américaines de Syrie. Je cherche sur la carte où se situe exactement Erbil par rapport à Mossoul. Je suis du doigt le cours de l'Euphrate et du Tigre. Je cherche des cartes d'un Kurdistan qui se tienne - quelle injustice vont encore subir les Kurdes ? Je me souviens d'Alep et de la frontière turco-syrienne, que je longeais paisiblement avec mon ami Jamel en décembre 2005. Notre paix à nous dépend de la paix dans toute cette zone. C'est une planète que Sapiens Sapiens, qui porte mal son nom, a rendue minuscule. J'ai renoncé à rejoindre Jamel en Iran cette année, j'ai aussi renoncé à aller à Bassora où j'étais invitée, non que ce soit si "dangereux" mais l'attrait de la maison se fait plus grand maintenant. C'est dû à mon âge peut-être, ou à 2018, cet attrait de la paix de la maison.
ven 21/12/2018 - 08:07
le centre du monde
Que fait-on quand on ne fait rien ? Où est le centre du monde ? J’ai écrit tous mes livres en me posant ces deux questions. Joan Didion se les posait déjà en 1970. Dans « Play it as it lays », elle vit à Malibu mais « ils comprenaient comme elle que le centre immobile du monde diurne n’est jamais une maison au bord de la mer mais le coin de Sunset boulevard et de la Brea ». Plus tard, son centre se déplace comme par un mouvement tectonique : « Elle s’imagina en train de conduire. Elle conçut d’audacieux changements de files, des rétrogradations de vitesse stratégiques, l’autoroute de Hollywood à San Bernardino et tout droit après Barstow, après Baker, tout droit jusque dans le cœur dur, blanc et vide du monde ». Ce centre-là est le bled où elle est né, désormais englouti par le désert californien. De centre du monde en centre du monde, elle continue à chercher désespérement ce qui bat, ce qui pulse, à chercher la vie.
mer 19/12/2018 - 07:35
Joan Didion
Je lis "Play it as it lays" de Joan Didion (un peu bizarrement traduit par "Maria avec ou sans rien"). 1970. Il est dans ma bibliothèque depuis une bonne dizaine d'années. Dix ans que ce livre m'attend, et 48 ans, dans les faits : presque toute ma vie, moi qui suis née en 1969. C'est après avoir relu "Blue Nights" puis "l'Année de la pensée magique" que j'ai fini par l'ouvrir, et ne plus le lâcher. Didion a inventé ce qu'on a appelé plus tard la "littérature impassible", portée par ces narrateurs - mais chez elle c'est une narratrice - qui traversent la vie sans la moindre émotion apparente, dans les rivages de la mélancolie. Il y a un axe Beckett-Didion, et pourtant il n'ont rien à voir, et ils embarquent Modiano aussi, et plus près de la génération ils vont de Bret Easton Ellis à Jean-Philippe Toussaint. Elle, Maria, finit par plonger, après un avortement : ce qui lui arrive de REEL. "Un royaume de malheurs particulier aux femmes".
mar 18/12/2018 - 16:07
Amélie
Coïncidences et écrivains : il y a quelques années, dans le métro, un homme me demande un autographe ; ça n’arrive pas si souvent, et il est aimable, nous bavardons quelques minutes. Je me lève car ma station arrive : derrière nous, il y a, immanquable, Amélie Nothomb. Je me suis dit après coup que ce lecteur avait du être surpris, tout de même, de trouver deux écrivaines dans le même wagon. Lui a-t-il demandé un autographe à son tour ? Il m’est arrivé une fois, parce que je portais un grand chapeau noir, d’être prise pour elle dans la rue et de signer à son nom, ce qui l’a bien amusée quand je lui ai raconté.
lun 17/12/2018 - 08:57
chez Gibert
Dans la grande librairie chez Gibert, boulevard Saint Michel à Paris, au rayon papeterie, je tombe sur Emmanuel Carrère. Il est venu acheter un agenda. Moi, des albums photos. Nous papotons. Notre rencontre, fortuite mais pas si inattendue - deux écrivains se connaissant depuis près de vingt-cinq ans se croisant dans une papeterie située pas très loin de chez leur éditeur - me laisse tout de même légèrement mal à l'aise, comme engourdie par l'hiver. Pourquoi ? Je mets deux jours à comprendre qu'il s'agit de notre âge : acheter agenda et album photo, sur papier, alors que tout le monde aujourd'hui consulte dates et images en numérique...
sam 15/12/2018 - 10:38
High Life
"I'm the pilot, you can't make me sleep..." Phrase germinative dans le beau film de Claire Denis. Je vais au cinéma pour rêver, c'est-à-dire me nourrir. Cette phrase résonne de puis des jours sous mon crâne. Elle devient un des pivots de mon livre à venir sur l'insomnie. I'm the pilot, you can't make me sleep. Je suis la pilote, personne ne peut me faire dormir.
ven 14/12/2018 - 07:38
Oleg Sentsov
Oleg Sentsov a reçu le prix Sakharov. C'est sa cousine qui est allée pour lui au Parlement européen. Le nombre de prix Sakharov qui ne l'auront pas reçu en personne... c'est presque le principe du prix. Étonnante cousine, qui soutient son cousin depuis le début, et va lui rendre visite là-bas, au goulag.
jeu 13/12/2018 - 07:32
informer, assigner
Gilles Deleuze disait que les "informations" ne nous informent pas, elles nous donnent des ordres. Ordre nous est donné, depuis quatre semaines, de nous focaliser sur les "gilets jaunes" (dont je comprends la colère) et pas sur les marches pour le climat et contre les violences faites aux femmes, qui ont eu lieu en même temps, rassemblant un nombre équivalent de personnes. Ordre nous est donné d'être terrorisé par les "casseurs". Ordre nous est donné de croire que le "pouvoir d'achat" est le pouvoir qui nous importe. Fatigue. Je n'ai jamais été plus contente d'avoir arrêté d'écrire des chroniques pour la presse. La lire, mais cesser de donner mon avis : ouf !
lun 10/12/2018 - 09:26
Fini !
J'ai fini mon roman, "La Mer à l'envers", et je l'ai envoyé à Frédéric Boyer chez POL. Le fichier de la première version date de septembre 2014. Chantier long et difficile. je n'ai jamais passé autant de temps sur un roman, avec des interruptions (qui ont donné "Etre ici est une splendeur" et "Notre Vie dans les forêts") et un presque-abandon, en avril 2018. Je trouve sur mon agenda une note le 29 mai 2018 : "je me remets à écrire la mer à l'envers (terrible)".
lun 03/12/2018 - 14:06
High Life
Vu High Life de Claire Denis, magnifique film déglingué, sur les bébés, les animaux, avoir des enfants ou pas, être dingue ou survivre, sauver les chiens ou pas, être seul ou à plusieurs dans un vaisseau spatial, habiter les trous noirs.
dim 02/12/2018 - 09:56
insomnie
Nuit d'insomnie, lu, écrit. Je déteste alors les matins. Se rendormir ? A force d'insomnie parfois je ne sais plus vivre, concrètement : quel rythme, éveil, lit, écriture, repas ? Avoir un rendez-vous ces jours là "à l'extérieur" est une catastrophe. Presque fini mon roman. Un plan se dessine, du moins une série de chapitres, pour mon essai sur l'insomnie. Peut-être faudra-t-il assumer de l'écrire la nuit, de dormir le jour... J'ai écrit 'Il faut beaucoup aimer les hommes' dans cet envers. Pour l'insomnie en tous cas ce serait pertinent.
mar 27/11/2018 - 08:38
Orsay, Le Lutetia
Journée très parisienne, hier, le Musée d'Orsay à moi toute seule (il est fermé le lundi), à causer pour une vidéo avec Donatien Grau devant une toile d'Eva Gonzales, puis, au pas de charge comme j'aime, dans les salles où les pas résonnent.... Nouvel accrochage impressionniste... Eva Gonzales... m'a effleurée il y a quelque temps le désir d'écrire sa biographie, elle aussi assassinée par une mort "démodée", comme Paula M. Becker, un accouchement catastrophique, coupée dans son élan à 34 ans... Le soir un verre (trois) au Lutetia rénové avec Nelly Kaprielian, à jacasser comme deux pimpantes petites vieilles heureuses de se retrouver. Nous parlons, toujours, d'amour.
mar 27/11/2018 - 08:35
Retour d'Haiti
Comme toujours au retour des voyages, l'extraordinaire impression de richesse qui s'ignore que me donne ce pays, la France, dont j'ai la chance, par hasard, d'avoir la confortable nationalité, moi qui pourtant suis née basque.
dim 25/11/2018 - 09:21
Haiti
Haiti, si colorée, si ruinée. Les "mornes" au sommets pierreux, déboisés, dont la terre a dévalé dans la mer pour toujours. Les rivières dont l'eau est invisible sous les déchets plastiques. Les étudiants avides de savoir, qui partiront dès qu'ils peuvent. Les enfants mal nourris. Les émeutes contre la corruption. Et pourtant, la poésie. Yannick Lahens me disait que l'extraordinaire créativité littéraire (et artistique) de ce pays est due à la difficulté d'y habiter. Une terre sismique, cyclonique, une origine douloureuse, la question plus aiguë qu'ailleurs du "pourquoi sommes-nous là". Un peuple d'écrivains, je l'ai vu, je les ai entendus et maintenant je les lis. Elle fera une série de cours au Collège de France à partir de Mars, j'irai.
dim 25/11/2018 - 09:16
départ pour Haiti
Départ pour Haiti. Plus je voyage, moins j'aime les départs. Appréhension de cette escale à Pointe-à-Pitre par où le corps de Paul a été rapatrié. Je mets dans mes bagages les livres de Jacques Roumain, Marie Vieux-Chauvet, Edwige Danticat, Mischa Berlinski, et Valérie Marin La Meslée, tous auteurs d'Haiti ou sur Haiti. Lire pour conjurer.
jeu 08/11/2018 - 08:49
lire
Après le marathon de lecture pour le Prix Médicis (une nouveauté pour moi, environ deux cents livres lus depuis le mois de juin), je reprends des lectures "libres". Boulimie. Titres accumulés depuis des mois. Dans le désordre, "Fun Home" d'Alison Bechdel, "La Dame aux camélias" de Dumas fils, "Les Méduses ont-elles sommeil ?" de Louise C. Dor, "Je vous écris de Téhéran" de Delphine Minoui, "Thirty Girls" de Susan Minnot (sur le kidnapping de trente filles en Ouganda, et les enfants soldats), et le sublime et très exigeant "Navire de bois" de Hans Henny Jahn. J'ai presque fini mon nouveau roman. Je vais bientôt, je pense, écrire un essai sur l'insomnie. J'ai renoncé à partir à Téhéran. Et j'ai beaucoup aimé la mise en scène de "la Dame aux camélias" par mon ami Arthur Nauzyciel.
sam 03/11/2018 - 10:15
Actualité
Je n'arrive pas à savoir si l'actualité est particulièrement déprimante, ou si ça a "toujours été comme ça". On échappe probablement moins qu'autrefois à l'information générale, mais faut-il vouloir y échapper ? Le problème n'est pas la dose, pourtant. Le problème est le fascisme dont l'ombre gagne. Oscillation, dans l'Histoire, de l'ombre et de la lumière ? Vagues ?
dim 28/10/2018 - 09:54
Pluie
Mi octobre. Toujours pas de pluie. Après-midi sous un soleil étrange, bas et automnal, mais brûlant. Il fait un temps de science fiction. Je lis 'Sécheresse', de JG Ballard.
mer 17/10/2018 - 06:58
Pas d'uterus, pas d'opinion
Le Pape, qui ferait mieux de s'occuper des ses troupes pédophiles, a comparé l'avortement au recours à un tueur à gages. Plus je vieillis, bientôt cinquante ans, plus je me dis, comme ces jeunes militantes que j'entendais l'autre jour : "pas d'uterus, pas d'opinion". Toutes les religions visent à dominer les femmes, leur corps, leur capacité reproductive, et leur esprit, ça va de soi, ça va avec. Je prends conscience aussi que la laïcité protège directement la liberté des femmes.
sam 13/10/2018 - 14:33
Tente d'hiver
Grâce à la générosité de Victoria Smigielski, permanente de l'action pour libérer Sentsov, une tente d'hiver a été installée devant l'ambassade de Russie. La fragile architecture de toile répond étrangement au bunker massif de cette ambassade, la plus grande du monde. Combien de temps faudra-t-il ? J'ai l'habitude des combats à la David contre Goliath, mais ce Goliath est énorme. Autour de l'ambassade, les beaux quartiers de Paris à l'automne, le bois de Boulogne, les enfants dans le square, l'avenue Henri Martin que je ne connaissais que par le Monopoly, et Christophe Ruggia, tenace, qui mène ce combat pour libérer Sentsov. Le cinéaste ukrainien a arrêté sa grève de la faim par peur de la torture du nourrissage forcé. Sa lettre de renoncement était déchirante et évoquait l'échec - mais non. Admiration. Je retourne écrire...
jeu 11/10/2018 - 09:56
Un bébé
Hier j'ai rencontré un bébé. Ça faisait très longtemps. Un bébé qui venait de naître, le fils d'une baby sitter de mes enfants. Elle me racontait, soudain mère, combien les pédiatres et infirmières et puéricultrices, l'assemblée des professionnels, la harcelaient pour que l'enfant, nourri au sein, gagne du poids. Le peser avant et après. J'avais oublié tout ça. 17 grammes ? Il en faudrait 32. C'est une sorte de folie collective, un fantasme épuisant pour les mères, affolant pour les pères, comme s'il était imaginable qu'en France en 2018 un couple de nouveaux parents laisse, par amateurisme, mourir de faim son enfant. Au troisième enfant, je me souviens, j'avais envoyé paître tous les professionnels, sauf pour les vaccins.
jeu 04/10/2018 - 08:19
Brexit
Brexit. Comme en amour : il ou elle a voulu la rupture, qu'il ou elle s'en aille. Non. Maintenant qu'il ou elle a vu combien c'était vain, douloureux, malheureux, de rompre, proposer un nouveau referendum. Oui ou non rompre en l'état ? Oui ou non rompre à ces conditions ? Reviens.
lun 24/09/2018 - 08:37
Europe
Impression tragique d'assister aux derniers jours de l'Europe des rêves.
ven 21/09/2018 - 11:14
Oleg Sentsov, quatre mois
Oleg Sentsov, quatre mois de grève de la faim. Nous ne savons plus quoi inventer pour le tirer de là, pour faire "fléchir Poutine". Et la Crimée est toujours "russe", annexée comme si de rien n'était...
lun 17/09/2018 - 17:45
Oleg Sentsov, cent jours
Oleg Sentsov, cent jours de grève de la faim. Signé une tribune dans le Monde, qui m'a été transmise par Pascale Ferran, pour ré-expliquer, dénoncer, exiger, lutter avec des mots, c'est ce qu'on sait faire le mieux. Sentsov, au vu du peu d'informations que j'ai, semble savoir "mourir lentement", c'est affreux, avec des apports de glucose ou quelque chose qui retient encore un peu son organisme au bord du néant. Christophe Ruggia qui a co-écrit la tribune redisait sur France Info qu'à part le cinéaste ukrainien et les (merveilleuses) Pussy Riot personne ne semble plus oser moufter quant à l'annexion de la Crimée.
mar 21/08/2018 - 07:37
Oleg Sentsov est au plus mal
Oleg Sentsov est au plus mal. Horreur. Et ce contraste avec l'atmosphère de vacances (toujours mieux que le foot il y a quelques semaines).
jeu 09/08/2018 - 15:51
plongée
Hier traversée d'une petite anse de mer avec ma plus jeune enfant, qui respire dans un tuba pour la première fois. Émerveillement. Respirer sous l'eau fraiche, dans le ciel de canicule. Nous volons au-dessus des récifs. Le fond plonge puis remonte. Le bruit de nos souffles mêlés, communiquer par gestes, rire en faisant des bulles. Grand calme. Le paysage sous-marin de l'anse est joli, mais presque vide de vie. Quelques dorades rayées, des bancs de tous petits poissons. Anémones. Nous cherchons sans le trouver le poulpe qui est censé habiter ici. Intuition de ce que doivent être des fonds marins vraiment peuplés, vraiment colorés. De minuscules bouts de plastique flottent un peu partout autour de nous. Garder le coeur léger, nager avec l'enfant du futur.
mer 08/08/2018 - 09:58
Voyager
Gilles Deleuze, dans son Abécédaire, dit que voyager, en résumé, c'est idiot. "C’est de la rupture à bon marché". Un peu plus amène, il cite Proust : '« Finalement qu’est-ce qu’on fait quand on voyage ? On vérifie toujours quelque chose. » On vérifie que telle couleur qu’on a rêvée se trouve bien là'. En effet, constater que les arbres sont vraiment hauts, au Gabon, c'est satisfaisant. Ou que le soleil se couche sur la terre dans les pays de terre, quand on l'a toujours connu se couchant sur la mer. Mais ils me sont semblent que ce sont bien là des hommes qui parlent. Que disent-ils du voyage à deux, du voyage par amour ? De regarder ensemble ? Voire de vérifier ensemble ? Ou encore, d'aller connaître un pays pour mieux connaître quelqu'un qui en vient ? Et puis - il est rare que Deleuze me mette en colère, mais sur les voyages c'est lui qui est idiot - voyager pour sentir. Pour sentir un lieu. L'extase des lieux. Sortir de chez soi, Gilles, aller un peu plus loin que le périphérique.
ven 20/07/2018 - 06:32
Sentsov
Demain à 17h30 rassemblement pour Oleg Sentsov devant le palais de Tokyo, à Paris. Je n'ose plus compter mais ça doit faire 67 jours de grève de la faim. Sentsov aurait un goutte à goutte de glucose qui peut sans doute prolonger un peu sa survie. François Croquette, ambassadeur des droits de l’homme (j'adore son nom) a convaincu le Réseau culturel français de soutenir officiellement le cinéaste. Pendant ce temps je suis paisiblement dans mon pays natal, au bord de la mer. A quoi ressemble une "colonie à régime sévère" située au delà du cercle arctique russe ? Se sentir coupable alors que l'impérialisme russe, en la personne de Poutine, est seul responsable.
mer 18/07/2018 - 16:26
Sentsov
mer 18/07/2018 - 16:20
Oleg Sentsov et la liesse populaire
"Nous" sommes champions du monde. Hé les mecs ! Champions du monde ! D'un jeu de ballon. Et Oleg Sentsov est toujours au goulag. Mourant de faim. 63ème jour de sa grève de la faim. Les dégâts sur son organisme sont probablement irréversibles désormais . Est-ce son nom que Macron a glissé à l'oreille de Poutine en allant chercher "notre" coupe dorée ?
.....
(J'avoue tout de même un faible pour Kylian Mbappé...)
dim 15/07/2018 - 18:34
Très loin du foot
Très loin du foot, Pays basque espagnol, quelle paix.
dim 15/07/2018 - 11:15
vendredi 13
Aujourd'hui est un vendredi 13. Je ne suis pas superstitieuse (pas trop). Mais c'était un vendredi, le 13 novembre 2015, les terrasses et le Bataclan, et je n'aime pas l'idée que les terroristes puissent jouir avec les dates. Et puis la finale de ce fichu jeu de ballon, et le 14 juillet par-dessus tout ça, Nice, les feux d'artifice, ça fait trop de dates "nationales", je me replie sur mon identité basque, qui fut pourtant ensanglantée aussi.
ven 13/07/2018 - 09:56
Fraternité
Le Conseil Constitutionnel a consacré la fraternité comme principe constitutionnel, le 6 juillet dernier. (Et la sororité aussi j'espère). "Tout individu a le droit d’aider une personne en situation irrégulière, sous n’importe quelle forme (transport, hébergement, conseil juridique, etc.) à des fins humanitaires, sans être poursuivie." C'est Cédric Herrou qui me tient au courant, j'avais signé la pétition en soutien de son action, il y a quelque temps. Pour une fois, comme il le dit, une pétition semble servir à quelque chose.
jeu 12/07/2018 - 12:39
bibliothèques incendiées
Après la mort d'un jeune tué par un policier à Nantes, deux bibliothèques associatives ont été incendiées : celle du quartier des Dervallières et celle de la maison des Haubans dans le quartier Malakoff. Appel aux dons de livres. J'en ai des milliers, mais comment les transporter ?
dim 08/07/2018 - 08:38
Prix Médicis
Je reçois des centaines de livres depuis que je suis devenue, avec ambivalence, jury du prix Médicis. Je vais lire tout l'été, plongée dans le contemporain (ou le déjà obsolète, selon la qualité des livres). J'ai libéré des mètres d'étagères et je m'essaie à des classements bancals, alphabétique, thématique, géographique, "lu et à lire", "bon, moyen, pas bon", glop et pas glop...
jeu 05/07/2018 - 07:59
bonne phase d'écriture
Bonne phase d'écriture. Pourquoi maintenant ? Il me semble que je parviens à trouver un "passage" dans l'impasse de mon roman sur les migrants, commencé il y a plus de quatre ans.
sam 30/06/2018 - 09:36
tribune pour Oleg Sentsov, dans Bibliobs
Pendant que les équipes de toutes les nations sélectionnées jouent consensuellement au foot, le cinéaste ukrainien Oleg Sentsov meurt de faim. Le 14 mai dernier il a entamé une grève de la faim pour protester contre son emprisonnement, après un procès qu’Amnesty international a qualifié de « stalinien ». Le 25 août 2015, il a été condamné à 20 ans de prison pour « organisation d’un groupe terroriste ». Il aurait « cherché à faire exploser la statue de Lénine à Simferopol ». Rien que le motif semble une farce. Pendant que les nations heureuses d’être sélectionnées jouent en Russie, Oleg Sentsov, qui aime peut-être le foot, je n’en sais rien, tous les amateurs de foot ne sont pas des brutes épaisses, Oleg Sentsov en est au 45ème jour de grève de la faim. Il proteste aussi contre l’emprisonnement de 65 autres prisonniers politiques en Russie. Pendant ce temps, le monde entier regarde avec enthousiasme deux fois onze types tapant dans un ballon dans un pays, la Russie, qui a annexé un grand bout d’un autre pays, la Crimée, et qui fait la guerre à tout ce que l’Ukraine compte de forces européennes. Oleg Sentsov, né le 13 Juillet 1976 à Simferopol, dans l’Oblast ukrainien, a perdu plus de vingt kilos, son fonctionnement rénal est fortement dégradé, son cœur souffre de carences conduisant à une hypertension morbide. Seuls les diplomates européens et quelques leaders ont appelé à boycotter ce jeu de balle, sans aucune conséquence dans les faits. A Kiev où je me trouvais il y a quinze jours, toute la place Maidan parlait d’Oleg Sentsov. A Odessa les gens pleurent la Crimée volée, ils la pleurent en russe car le monde est complexe : leur Crimée là-bas juste en face, les plages interrompues, la mer confisquée. À Odessa aussi on me demandait s’il n’y a qu’en Ukraine qu’on s’inquiète de l’injustice faite à Oleg Sentsov. Pendant que dans les stades et face aux écrans on « s’ennuie » devant l’équipe de France, c’est ce que les amateurs de mon entourage m’ont dit, plusieurs dents d’Oleg Sentsov sont tombées. Le 21 juin les ambassadeurs des pays du G7 ont fait savoir être «très préoccupés» par sa situation. Oleg Sentosv, bientôt 42 ans et père de deux enfants, ne peut plus tenir debout face aux vertiges. Le secrétaire général du Conseil de l'Europe, Thorbjørn Jagland, en visite à Moscou, a appelé mercredi 21 juin à sa libération. Pendant que l’Allemagne « perd » et que la Suède « gagne », Oleg Sentsov, détenu dans une colonie pénitentiaire à Iamalie, au-delà du cercle polaire – dans un goulag, donc – Oleg Sentsov a entamé la phase terminale de sa grève de la faim : celle qui commence après le 40ème jour. Pendant qu’on scrute les performances de Messi, Sentsov a consommé tous les lipides disponibles dans son corps et se nourrit désormais de ses propres protéines, d’abord de ses muscles, puis de ses organes vitaux. Personne n’a jamais survécu plus de 70 jours à une grève de la faim, le seuil létal se situe après les 40 jours. Les grévistes de l’IRA, que Thatcher a laissé mourir, sont tous morts entre 46 jours et 70 jours de grève de la faim, avec une moyenne autour de 60 jours. Cette fichue compétition de foot, opium du peuple et jeux du cirque, est en train de gagner un corps squelettique en guise de trophée mondial. Et il y aura une tache sanglante en guise de drapeau russe, si Poutine ne libère pas Sentsov.
jeu 28/06/2018 - 10:09
Je ne sais pas si c'est tout le monde
" À dix-huit ans j'ai vieilli. Je ne sais pas si c'est tout le monde, je n'ai jamais demandé. " Paul aimait beaucoup le début de "L'Amant", de Duras, il le prenait comme exemple de "fautes" de français qui font tout le style d'un texte : "Je ne sais pas si c'est tout le monde". En tous cas c'est Duras.
ven 22/06/2018 - 08:13
Liste de classiques
A une demande du HuffPost d'établir une liste de vingt classiques français à lire absolument, je réponds ceci, en vitesse :
La Princesse de Clèves, de Mme de La Fayette ;
Manon Lescaut, de l’Abbé Prévost ;
La Religieuse, de Diderot ;
La Vie de Marianne, de Marivaux ;
Adolphe, de Benjamin Constant ;
Le Horla, de Maupassant ;
La Joie de vivre, de Zola ;
La Correspondance de Flaubert ;
Voyage au bout de la nuit, de Céline ;
La Route des Flandres, de Claude Simon ;
Quelqu’un, de Robert Pinget ;
Les Guérillères, de Monique Wittig ;
Malone Meurt, de Samuel Beckett ;
W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec ;
Lol V Stein de Marguerite Duras ;
L’espèce Humaine, de Robert Antelme ;
Aucun de nous ne reviendra, de Charlotte Delbo ;
Les Fruits d’Or, de Nathalie Sarraute ;
Le Deuxième sexe, de Beauvoir ;
L’Etranger, de Camus.
Je ne mets pas Proust parce qu’il apparaitra de toutes façons.
jeu 21/06/2018 - 08:31
Précision sur Précisions sur les vagues
En causant l'autre soir à la BNF, avec le public, j'ai pris conscience que Précisions sur les vagues est probablement un bien meilleur livre, tout court et bizarre qu'il est, que le Mal de mer dont il découle. Il ne s'est écrit que comme une digression du Mal de mer et maintenant, vingt ans après, c'est le Mal de mer qui me semble digresser.
lun 18/06/2018 - 09:13
Qu'est-ce qu'une bonne phrase ?
Qu'est-ce qu'une bonne phrase ? C'est une phrase dont le sens et le son s'accordent comme en musique. Les autres phrases, les mauvaises, j'essaie de les effacer, leur son discordant est une alerte. Mais ces temps-ci, une bonne phrase c'est une phrase dont je me dis : "Paul ne la lira pas".
ven 15/06/2018 - 07:12
Frédéric Boyer
Hier soir entendu Frédéric Boyer lire son "Peut être pas immortelle", sur Anne, sa compagne, morte l'été dernier. Le violoncelliste à ses côtés disait le texte avec ses doigts, avec son archet, avec son corps, son visage. Magnifique. J'ai essayé de sentir la présence d'Anne, physiquement, avec nous, mais je n'y suis pas parvenue. Le texte de Frédéric dit aussi ça.
jeu 14/06/2018 - 06:49
Pluies tropicales
J'entends à la radio qu'on appelle "pluies tropicales" ces fortes pluies d'une abondance apparemment nouvelle, qui s'abattent en rideau sur Paris ces derniers jours. Elles me rappellent le Pays basque.
mer 13/06/2018 - 08:11
Retour de Tchernobyl
Retour de Tchernobyl. Un lieu devenu un signifiant, comme Hiroshima. Retour d'Odessa, aussi. Retour de Kiev. Retour d'Ukraine. Une guerre à bas bruit, mais une guerre. La place Maïdan. La Crimée où j'aurais voulu aller, et maintenant il faut passer par la Russie. Yalta. Le partage du monde. Tchernobyl, la "zone d'exclusion", la force insensée de la forêt. A nouveau, à Paris, les arbres me semblent petits. Il parait que le végétal aime la radioactivité.
jeu 07/06/2018 - 08:59
dernière chronique
Aujourd'hui j'ai envoyé ma dernière chronique. C'était pour l'Obs, ma série d' "insomnies". J'écrirai sans doute un livre un jour (ou une nuit) sur l'insomnie. J'ai aussi terminé d'écrire pour mes amis de Charlie Hebdo, avec un pincement au coeur. Mais j'ai désormais besoin (chroniquement) d'être face au vide, pour écrire les romans que j'ai en tête. Vide redouté et désiré. Ne rien faire d'autre, rien. Et c'est toujours aussi difficile. Ce matin, pas une ligne, le regard braqué sur l'écran ou la fenêtre...
jeu 31/05/2018 - 10:02
Marseille sans Paul
Marseille sans Paul. Paul adorait Marseille. C'est avec lui qu'on venait à Marseille. Revoir Marseille sans Paul.
lun 28/05/2018 - 07:30
Philip Roth
Philip Roth est mort. Il disait - dans The Ghost Writer je crois - que l'imagination rend les gens furieux. Que le fait même que les romans soient écrits à partir de l'imagination déclenche de la fureur. Que le romancier soit le seul à connaître le lieu exact de la jointure, dans ses livres, entre vécu et non vécu, entre "vrai" et "faux".

"Il faut le monde devienne un rêve, et que le rêve devienne un monde" : Novalis à peu près, cité dans les Provinciales, de Civeyrac, un film vu hier et qui m'a donné envie d'être jeune et de vivre à Paris (ça tombe bien).
mer 23/05/2018 - 05:00
retour du Gabon
Retour du Gabon. Les arbres à Paris me semblent minuscules.
jeu 10/05/2018 - 10:48
départ pour le Gabon
Départ demain pour le Gabon. Je rêve de Paul. J'ai lu le très beau "Deuil" de Dominique Fourcade. J'ai rendez-vous ce soir avec Frédéric Boyer, qui devient l'éditeur chez POL, heureuse de le retrouver, il est la personne juste, juste la bonne personne, pour cet impossible.
lun 30/04/2018 - 11:32
Philip Roth
En vacances. La mer. Je lis à la file des romans de Philip Roth, de la série Zuckerman,toujours avec le même amusement et agacement.
ven 20/04/2018 - 08:52
Pékin 1966
Pékin 1966, Jean-François Billeter : "De l'autre côté de la frontière, nous avons retrouvé la civilité et le bienfait qu'est l'absence de surveillance généralisée." "Wen m'a dit plus tard qu'à ce moment-là, son père était contraint de balayer la rue et de porter une étoile jaune : signe extraordinaire de la parenté qu'ont entre eux les régimes totalitaires" (Une Rencontre à Pékin, éditions Allia). Je n'avais jamais entendu parler de ça. Cinquante-trois ans après la surveillance s'est mille fois renforcée par les moyens numériques. Les caméras de reconnaissance faciale : la terreur.
ven 13/04/2018 - 08:43
idées de nouvelles
Idées de nouvelles en masse. Toujours pas repris mon roman. Je traduis des essais d'un grand auteur américain, et traduire c'est comme tricoter : ça vide la tête, les rangs montent, la matière est déjà là. A la fin de la journée on sait qu'on a au moins une page. Ecrire, c'est créer la matière même dans sa forme, traduire c'est "juste" trouver la phrase juste.
jeu 12/04/2018 - 09:29
Kakfa
« Je ne peux pas dormir. Je n’ai que des rêves, pas de sommeil. Aujourd'hui j'ai inventé en rêve un nouveau moyen de communication pour circuler dans un parc escarpé". (Kafka, journal, 21 juillet 1913).
Le rêve qui suit est magnifique, il circule au moyen d'une branche souple, mais je me demande si "communication" est bien le mot qu'il a voulu, s'il n'y a pas une erreur de traduction (Marthe Robert). Un moyen de "circulation", peut-être ? Il faut que j'achète une autre édition. Pour lire dans l'insomnie.
jeu 05/04/2018 - 08:01
toujours la Chine
Simon Leys a ainsi cité les explications de Mao quant à la mort (probablement suite à des tortures) de Lao She : "1) Lao She ne s'est pas suicidé, c'est une invention de Taïwan. 2) Son suicide s'explique d'ailleurs parfaitement étant donné sa mentalité bourgeoise. 3) De toute manière cette affaire est tout à fait dénuée d'intérêt et ne mérite pas qu'on s'y attarde".
C'est le principe de la dénégation selon Freud : tu ne m'as jamais prêté de chaudron ; le chaudron était déjà percé quand tu me l'as prêté ; il n'y a pas de chaudron.
mar 03/04/2018 - 09:06
journée grise
Retombée de voyage, comme une descente de drogue. J'écoute The Dø pour retrouver du courage. Je lis "l'incident de Wu Han" pour comprendre un peu mieux la ville où je viens de passer quelque temps. Partout où on passe en Chine, c'est comme si on marchait sur des centaines de milliers de morts.
ven 30/03/2018 - 08:45
toujours bonnes
Un ami chinois, à Wu Han, me demandait si les nouvelles de France ne me manquaient pas trop. "Elles sont toujours mauvaises", dis-je. "En Chine, me répond-il avec malice, elles sont toujours bonnes".

On ne sait pas, vu de France, ce qu'est une dictature. Il faut y rester, un peu. Et puis partir, si on peut.
jeu 29/03/2018 - 07:30
retour de Chine
Je suis rentrée de Chine. J'ai vu la Chine métamorphosée en quinze ans, les villages remplacés par des tours, les centres villes entièrement Gucci, Prada, Vuitton, etc. Truismes est introuvable, "n'est plus possible en Chine". Nombreux apartés avec de nombreux Chinois qui ne peuvent pas parler en public. Tout se paye et s'enregistre, et s'archive, par téléphone portable, avec les petits carrés en noir et blancs qui remplacent partout les étiquettes et noms des produits, d'un café à un billet de train. Retour à Paris. Se souvenir de chérir la liberté.
mar 27/03/2018 - 07:18
ouverture du site
Bonjour, c'est aujourd'hui que s'ouvre mon nouveau site. Sur cette page j'écrirai de temps en temps, parfois tous les jours, parfois pas, au fur et à mesure...
mer 14/03/2018 - 08:16

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